
En 2020, à l’issue des élections municipales, 41,5 % des élus municipaux étaient des femmes, contre 39,2 % en 2014. Cette progression, lente mais réelle, illustre une dynamique désormais bien installée : la féminisation de la vie politique se joue d’abord au niveau local, là où s’exerce l’action publique de proximité.
Cette évolution est appelée à se renforcer avec la loi de mai 2025 harmonisant le mode de scrutin aux élections municipales, qui généralise l’obligation de parité dans les communes de plus de 1 000 habitants. Une réforme structurante, notamment pour les territoires périurbains et ruraux, où l’accès des femmes aux responsabilités locales demeure un enjeu majeur de renouvellement démocratique.
À Saint-Cyr-l’École, cette dynamique prend une résonance toute particulière. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’Institut des Décideurs Publics a souhaité donner la parole à Sonia Brau, Maire de la commune et Conseillère départementale pour évoquer la parité, l’engagement des femmes en politique et la réalité du mandat municipal au quotidien.
Figure bien connue du paysage politique local, Sonia Brau s’est engagée de longue date au service du territoire. Elle a été première adjointe aux côtés de Bernard Debain entre 2014 et 2019, avant de devenir maire de Saint-Cyr-l’École en 2019. Parallèlement, elle exerce depuis 2015 les fonctions de conseillère départementale, inscrivant son action à la fois à l’échelle communale et départementale.
Aujourd’hui candidate à sa réélection lors des élections municipales des 15 et 22 mars prochains, elle incarne une trajectoire d’engagement politique local où la question de la place des femmes ne relève pas seulement des chiffres, mais bien de l’exercice concret du pouvoir, de la légitimité acquise sur le terrain et de la transmission aux nouvelles générations d’élues.
La parité permet-elle réellement de transformer les pratiques politiques ?
Sonia Brau
Il n’y a pas que la parité qui a transformé les pratiques politiques. Il y a eu la parité, bien sûr, mais aussi le non-cumul des mandats.
La parité a imposé la présence des femmes. Le non-cumul, lui, leur a permis d’accéder à des fonctions exécutives, notamment à la fonction de maire, et donc à des responsabilités plus importantes.
Considérez-vous que la parité ait constitué un moment charnière ?
Sonia Brau
Oui. Très étonnamment, je fais partie de cette génération de femmes arrivées en politique locale en 2008, avec l’instauration de la parité obligatoire sur les listes.
Et pourtant, à l’époque, je l’ai très mal vécu. Je trouvais cela dégradant. Dégradant parce qu’on avait le sentiment d’être choisie parce qu’il fallait des femmes, et non pour ses compétences, son parcours ou ses réalisations.
Justement, comment éviter que la parité soit vécue comme une contrainte ? Que faut-il faire pour mieux préparer les candidates en amont ?
Sonia Brau
C’est un véritable paradoxe. J’étais opposée à la parité pour cette raison-là, et pourtant, force est de constater qu’elle a permis à des femmes d’accéder à des postes intéressants et structurants.
Il y a quelque chose de très révélateur lorsqu’on constitue une liste.
Quand vous proposez à un homme de s’engager, il vous parle immédiatement de sa place, de son éligibilité, de ses domaines de compétence.
Lorsque vous proposez la même chose à une femme, elle prend souvent un temps de recul. Elle dit : « Je ne sais pas si c’est le bon moment, les enfants ne sont pas encore grands… Laisse-moi en parler à la maison. »
Dès les premiers échanges, l’un dit oui en négociant sa position, l’autre demande du temps pour réfléchir.
Vous dites donc que les femmes prennent davantage d’éléments en compte avant de s’engager ?
Sonia Brau
Exactement. Il y a davantage de paramètres pris en considération.
Bien sûr, des femmes comme des hommes peuvent interrompre un engagement parce que leur vie change, parce qu’ils sont mutés professionnellement. Cela concerne tout le monde.
Mais la différence, dès le départ, c’est que la femme va réfléchir aux conséquences sur sa famille, son organisation personnelle, avant de dire oui.
Là où l’homme se dit plus spontanément qu’il saura gérer.
Qu’est-ce qui manque aujourd’hui pour que davantage de femmes franchissent le pas ? Le sentiment d’isolement peut-il jouer un rôle dissuasif ?
Sonia Brau
Le vrai sujet, ce n’est pas tant le fait d’être une femme.
Être élu local aujourd’hui, c’est être professionnel… sans que ce soit un métier.
On ne peut pas ignorer un plan local d’urbanisme, maîtriser les normes, les lois, les quotas d’encadrement dans les accueils de loisirs, les responsabilités juridiques. Et pourtant, ce n’est pas une profession, c’est un engagement.
C’est cette charge-là, ce poids de la fonction, et la crainte de se voir reprocher de ne pas avoir fait correctement les choses, qui découragent. Femmes comme hommes.
Dans les petites communes, c’est encore plus marqué.
Dans une ville de 20 000 habitants, j’ai un directeur général des services, une directrice de cabinet, une assistante.
Dans un petit village, parfois, il n’y a qu’un secrétaire à mi-temps.
En cas d’orage important, c’est le maire qui appelle l’agriculteur du coin avec son tracteur pour dégager la route.
La difficulté à constituer des listes vient surtout de cette omniprésence exigée par la fonction.
Et concernant le sentiment d’isolement des élus ?
Sonia Brau
Je ne suis sans doute pas le meilleur exemple. Je ne me sens pas isolée.
J’ai toujours travaillé en équipe, que ce soit avec mon équipe municipale ou avec les services. Cette dimension collective est essentielle.
Les communes sont-elles suffisamment accompagnées pour faire vivre la parité au-delà du cadre légal ?
Sonia Brau
La parité, c’est surtout ce que l’on en fait.
Je n’ai pas envie d’être un homme. Je me moque de savoir changer une roue. Si un homme me propose de le faire, je le laisse volontiers.
La parité a apporté une complémentarité, une diversité de regards, une autre manière d’aborder les situations. C’est cela qui me semble intéressant et important à retenir. A mon sens.
Qu’est-ce, pour vous, l’engagement d’une femme politique locale ?
Sonia Brau
Selon moi, l’engagement d’une femme politique locale ne diffère pas de celui d’un homme. C’est avant tout un engagement au service de l’intérêt général, de son territoire et de ses habitants. Il s’agit d’écouter, de comprendre les besoins du quotidien, de porter des projets concrets et de prendre des décisions qui améliorent la vie locale.
Être élue locale, qu’on soit une femme ou un homme, demande la même détermination, le même sens des responsabilités et la même proximité avec les citoyens.
L’engagement politique local repose donc avant tout sur des valeurs de service, d’écoute et d’action.
En tant qu’élue locale, quelle est votre plus grande fierté ?
Sonia Brau
En tant qu’élue locale, ma plus grande fierté tient aux nombreuses réalisations menées au service des Saint-Cyriens : l’amélioration du service rendu aux habitants, la préservation et l’amélioration du cadre de vie tout en anticipant les enjeux de demain, ainsi que les actions menées en matière de prévention et de sécurité.
Mais s’il fallait citer une action en particulier, ce serait la requalification du quartier Geldrop – Mail Fabien. Ce projet d’aménagement, toujours en cours, a déjà permis la rénovation de plus de 900 logements ainsi que la requalification d’une grande partie des espaces extérieurs, améliorant concrètement le quotidien des habitants.
Ce qui me rend particulièrement fière, c’est de voir aujourd’hui la satisfaction et la fierté des habitants pour leur quartier. C’est aussi un exemple réussi de travail partenarial, mené avec le Département des Yvelines, le bailleur Les Résidences Yvelines Essonne, la communauté d’agglomération Versailles Grand Parc et la commune. Ensemble, nous transformons durablement ce quartier et offrons progressivement un cadre de vie plus agréable et plus digne à ses habitants.
Quel conseil donneriez-vous à une femme qui hésite à s’engager ?
Sonia Brau
De laisser parler ses envies. Comme le font les hommes quand ils disent simplement : « Oui, je viens. »
Les femmes prennent souvent en compte tout ce qu’il y a autour. Parfois, il faut aussi se faire plaisir, et y aller progressivement.
Moi, j’ai commencé conseillère municipale, puis déléguée, puis adjointe, première adjointe, puis maire. Il faut accepter de se donner du temps.
Que pensez-vous de l’extension de la parité aux communes de plus de 1 000 habitants, alors que certaines peinent à constituer leurs listes ?
Sonia Brau
En 2008, dans les communes de plus de 10 000 habitants, on a connu exactement les mêmes difficultés.
Le temps fera son œuvre.